Motif Japonais

Motif Japonais #7 - Ume

Ume 梅

Le motif Ume représente la fleur de prunier à 5 pétales. La symbolique de l’ume est très liée au début du printemps qui a lieu en Février au Japon. En effet, c’est vers la fin Février que la plupart des pruniers fleurissent. L’ origine de l'ume en tant que motif semble dater de l’époque Nara (8e), lorsque le Japon était encore très influencé par la culture chinoise, de laquelle le design de prunier est issue.

On retrouve aussi l’ume dans le Shochikubai 松竹梅, la combinaison de motifs de Pin 松 (matsu, sho), Bambou 竹 (take, chiku), Prunier 梅 (ume, bai). Notamment, pour O Shôgatsu (お正月), le Nouvel An japonais, cette combinaison est utilisé pour le kadomatsu (門松), l’arrangement végétal de pin et bambou qui orne l’entrée des maisons. L’ajout de l’ume en rouge & blanc (= couleurs du nouvel an) qui fleurit durant le climat encore froid des derniers mois de l’hiver/début du printemps, symbolise alors l’endurance.

Le motif stylisé à 5 ronds est lié à l’érudit de la période Heian (8e-12e), Michizane, qui écrivit de nombreux poèmes sur le prunier, son arbre favori. À sa mort, un sanctuaire, le Dazaifu-Tenmangu (Préfecture de Fukuoka), fut érigé à l’endroit où l’on enterra son corps, et un prunier qu’il affectionnait beaucoup fut transporté depuis Kyoto et transplanté dans ce sanctuaire.

Michizane fut déifié sous le nom de Tenjin (天神), suite à de nombreux malheurs qui s'abattirent sur la famille impériale Fujiwara, ennemie de Michizane. C’est pourquoi l’on retrouve souvent des pruniers dans les sanctuaires Tenmangu (天満宮), et que leurs emblèmes sont des ume stylisée par 5 ronds (ci-dessous baika, ume bachi ou hoshi ume bachi, selon les sanctuaires). De plus, les variantes du motif sont extrèmement nombreuses, comme vous pouvez le voir sur cette page regroupant tous les designs.

Reste le petit détail qui a son importance. Le motif ume ressemble beaucoup au motif de cerisier japonais sakura. Savez-vous comment distinguer les deux? C’est simple, le pétale de l’ume est symbolisé par une forme bien ronde (coupelle de la photo de gauche), alors que le pétale de sakura porte une entaille sur le haut (coupelle de la photo de droite). Dans la nature aussi, ce détail existe. La prochaine fois que vous verrez un arbre fleuri, observez ses pétales ;) Alors, ume ou sakura ?

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Références

Motif Japonais #5 - Kanoko

Kanoko 鹿の子

Le motif kanoko (鹿の子) est issu de la technique shibori, la teinture par ligature. Avec le shibori, le tissu est pincé entre des fils avant d’être teint, la partie pincée restant blanche. Avec le kanoko shibori, la ligature se fait sur des tout petits noeuds peu espacés, ce qui au final donne un motif de petits cercles blancs serrés.

Ce motif rappelle les points blancs du pelage d’un faon, ce qui a donné son nom au motif (enfant (ko 子) de daim (shika 鹿)). Une hypothèse sur l’origine du nom viendrait de l’époque Nara et la présence de daim dans la capitale antique. La ville est d’ailleurs toujours occupée par des daims qui se baladent en liberté dans les parcs ^_^!

A Kyoto s’est développé le Hita kanoko shibori, qui couvre de large pan de soie, et est un processus de teinture extrêmement laborieux. Le kanoko shibori se réalisant le plus souvent sur de la soie, les pièces étaient considérées commes très luxueuse. En 1628, le gouvernement du shogunat Tokugawa promulgua des lois régissant les modes de consommation afin de rétablir un équilibre financier. Une des conséquences fut l'interdiction le port du kanoko shibori par les classes non-nobles (marchands, agriculteurs etc...).

Ce ban permit d’ailleurs l’élaboration de la technique de teinture yuzen, moins laborieuse mais pouvant reproduire des motifs très intriqués comme le kanoko. L’interdit fut levé plus tard, lors de la période Meiji et le renouveau du pays. Le motif de kanoko fut ensuite porté sur le papier chiyogami puis yuzen. Mais on le retrouve dans tous les arts décoratifs pour rappeler la somptuosité de soies kanoko d’origine.

Motif Japonais #4 - Kikkô

Kikkô pattern

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Le motif kikkô 亀甲 (ou kikkômonyô) est inspiré des écailles (kô 甲) de tortue (ki, kame 亀). Ce motif est extrêmement populaire au Japon car il appartient à la paire animale auspicieuse dite “Chôju” (長寿, longue prospérité) que sont la grue et la tortue (Tsurugame).

L’origine du motif remonte à l’époque Nara (8e siècle), et l’importation de l'ésotérisme et coutumes des dynasties chinoises. Par exemple, le motif kikkô se retrouve sur un plateau de jeu de go datant de cette époque (et exposé au Shosho-in à Nara). Puis le motif s’est transmis jusqu’à l’époque Heian et sa vie de court très riche. Durant cette époque, le kikkô fut utilisé comme motif distinctif pour les nobles et érudits faisant partis de la court impériale. L’ensemble du protocole de la cour est appelé en japonais yûsoku 有職, et les motifs (dont le kikkô) utilisés dans ce protocole, les yûsoku monyô (文様 monyô=motif). A la suite de nombreuses guerres qui fragilisèrent la vie de cour, les protocoles furent abandonnés jusqu’à l’époque Edo et le shogunat des Tokugawa où le motif de kikkô redevient populaire via les kimono du Nô et du kabuki (encore le kabuki à la rescousse!).

Le motif kikkô se décline en une variante hexagonale souvent avec une châtaigne d’eau (hishi 菱, un autre motif classique japonais pour un autre article!), ou à trois branches (bishamon kikkômonyô 毘沙門亀甲文様) porté sur l’armure du dieu Bishamon.

Si vous êtes adepte de la cuisine japonaise, vous reconnaîtrez ce motif sur les bouteilles de sauce soja de la marque Kikkoman, qui joue sur le mot kikkômon (紋 mon= emblême) et en fait son logo ;) 

Motif Japonais #3 - Asanoha

Asanoha 麻の葉

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Le motif asanoha (prononcer assa-no-ha) représente des feuilles (ha 葉) de chanvre (asa, ma 麻). Le chanvre ayant la réputation de pousser vite et robuste sans trop d’effort, les Japonais avaient coutume d’utiliser ce motif sur des amulettes (mayoke 魔除け) de naissance et des langes pour bébé.

Le chanvre (grand chanvre, taima 大麻) est une plante endémique de l’Asie, et du Japon, dont l’usage comestible et vestimentaire remonte à plus de 2000 ans. Le chanvre est encore utilisé aujourd’hui, notamment pour fabriquer du washi. Les premières traces du motif asanoha sont apparentes sur les dorures (kirikane 切金) de bouddhas de l’époque Heian (je n'ai pas encore trouvé d’image illustrant ce fait).

Puis, le motif se retrouve sur les bodhisattvas, la laque, l’architecture, la teinture des époques suivantes (Kamakura, Muromachi…). Mais c'est véritablement durant l’âge d’or du kabuki pendant l'époque Edo (cf. illustration ci-dessous; on commence à connaître 😉 ) que le motif asanoha devient populaire (notamment via les kimono de l’acteur de 5e génération Iwai Hanshiro). Aujourd'hui, le motif est toujours aussi populaire auprès des Japonais (qui en carrelent leur salle-de-bain!), et partout dans le monde, c'est le motif classique japonais par excellence :) 

Pour l’anecdote, bien que le chanvre eut été cultivé en quantité depuis des siècles et faisant partie de la tradition du Japon, la restriction (extrêmement sévère depuis 1953) des drogues au Japon a provoqué le déclin de la production. Le washi fait à partir de chanvre japonais est aujourd’hui soit cher, soit produit à partir de chanvre importé.

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Références
http://kimono-story.com/416.html
http://www.kabuki-bito.jp/special/lixil/16/no1.html
https://ja.wikipedia.org/wiki/%E5%A4%A7%E9%BA%BB%E5%8F%96%E7%B7%A0%E6%B3%95
Cliquez sur les photo pour voir leur source.

Motif Japonais #2 - Yagasuri

Yagasuri - 矢絣

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Le motif yagasuri (parfois yabane 矢羽根), représente les plumes (羽根 hane) d’une flèche (矢 ya). A l’époque Edo, ce motif était à l’origine utilisé lors du tissage de kimono de mariage. La flèche figurait le destin de la femme mariée qui quittait ses parents pour vivre dans une autre famille sans revenir.

Puis, vers la fin de l’époque Meiji et le début de Taisho, le motif devint très populaire auprès des jeunes filles terminant leurs études. On en voit souvent dans les films et les séries qui se déroulent durant ces périodes (photo ci-dessous, le drama Asa ga kita- Demain est venu)

Le kanji 絣 (-gasuri) fait référence à la technique de tissé teint sur coton Kasuri (je vous renvois à l’article de Cécilia sur sa visite d’un atelier de kasuri à Totori) qui fut plus tard remplacé par la technique Meisen sur soie (isesakimeisen, isesakigasuri), durant Meiji et la mécanisation des métiers à tisser.

Motif Japonais #1 - Seigaiha

#1 Seigaiha - 青海波

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Le motif seigaiha (prononcer sé-gaï-ha) représente les vagues (波 nami, wa) de la mer (海 umi, hai) bleue (青 ao, sei). Le sens apporté par ce motif est celui d'éternité, comme les vagues sans cesse arrivant de l'océan qui s'étend à l'infini. C'est un motif très classique du papier Edo-chiyogami. On le retrouve aussi beaucoup sur des papiers d'emballage pour des objets/produits liés à la mer.

Le motif prend apparement son origine en Perse (l'Iran d’aujourd’hui) pendant la dynastie des Sassanides (224-651) (NB - j'ai pas encore trouvé de motif perse originel; quand ça sera le cas, je ferai une update de ce post). Le motif est parvenu au Japon durant la période Asuka (6e. & 7e.), par la route de la Soie en transitant par la Chine. Le mot japonais dérive en effet du chinois qing-hai-bo (j'ai pas mis les tons pour faire simple :P).

Le seigaiha est à la base une danse (舞楽 bugaku) du répertoire des musiques sacrées Gagaku 雅楽, une forme d'art musical à l'époque Heian (8e-12e) venu...de la Chine, bien entendu! Deux danseurs balancent lentement les bras pour donner aux longues manches de leur kimono un mouvement figurant des vagues. La danse seigaiha est notamment évoquée dans le chapitre 7 ('Momijiga' 紅葉賀, La Fête des Erables) du roman 'Le Dit du Genji' (écrit pendant Heian) lorsque le héro du roman, Genji, exécute la danse.

J'ai dit mal à trouver une image datant d'Heian illustrant une danse seigaiha avec des costumes ayant le motif. Mais le texte du Dit du Genji précise que le  (袍, sur-veste de kimono portée enfilée sur la manche gauche par les danseurs; cf. image ci-dessus) et les sabres des danseurs arborent des broderies et gravures de vagues et d'oiseaux chitori (千鳥; un autre motif classique pour un prochain post), qui contrastent très joliment avec la scène du feuillage rouge et or des érables. Ce qui est plutôt sûr, c'est que les danseurs de l'époque Edo (17e-19e) portaient bien des habits ornés de ce même motif de broderie, et que le nom de la danse s'est transféré à ce moment là.

Le seigaiha se décline en de nombreuses variations de couleur ou de traits, ou même avec des florescences de chrysanthème. Il existe aussi un motif ressemblant au seigaiha, mais qui représente la peau finement cranté de requin (un autre motif pour un prochain post). Le plus cocasse est que le motif de seigaiha est maintenant plus connu dans le monde entier pour signaler un réseau Wi-Fi (un réseau sans fil par onde/vague)!

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