Le mouvement Mingei

Pour la Washi Box d'Octobre, j'ai trouvé un joli washi de couleur bleu layette qui avait le label 'Mingei-shi'. En faisant des recherches sur ce papier, j'ai découvert le mouvement Mingei dont l'esprit trouve beaucoup en commun avec le renouveau que le fait-main connaît en ce moment. Du coup, j'ai voulu partagé avec vous un peu de cette découvert et ma réflexion sur le lien Mingei-DIY moderne :)

Théière "Image par la fenêtre" (Japon) ca. 1915-35 - Musée de Brooklyn

Théière "Image par la fenêtre" (Japon) ca. 1915-35 - Musée de Brooklyn

Le mouvement Mingei est une philosophie esthétique des années 20-30, apparue sous l’impulsion de Yanagi Muneyoshi (ou Yanagi Soetsu), philosophe japonais. D’abord touché par l’esthétisme de l’artisanat ordinaire (par opposition aux arts décoratifs) coréen, Yanagi s’est alors intéressé à l’artisanat anonyme japonais, dont la fabrication de papier que l’on appelle mingei-shi.

 

Mingei-shi veut dire papier (shi) d'art (gei) populaire (min). Ainsi, le mingei-shi englobe une certaine catégorie de papiers (à motifs ou non) faits de façon humble et de qualité moyenne puisque sans autre utilisation qu’un usage quotidien. Par exemple, le sugikawa-shi et le washi coloré de la Washi Box d'Octobre font partis des mingei-shi, alors que le Minoh washi ou l’udagami sont eux, des papiers de haute qualité pour un usage purement artistique.

Aujourd’hui, le mingei-shi désigne le plus souvent un papier pour les loisirs créatifs, fabriqué à partir de kôzo peu coûteux, souvent produit en Thaïlande. C’est un peu le pendant japonais de notre papier crépon que l’on utilisait au kilomètre pour faire des guirlandes quand on était petit! On utilisera donc volontiers le mingei-shi de façon extensive, mais tout en le sachant être un papier artisanal.

C’est ce labeur humain dénué d’intention artistique qui est une des caractéristiques du Mingei. Mais les objets « mingei » ne sont cependant pas dépourvus d’esthétisme. Ce qui a fasciné Yanagi, c’est la dévotion de l’artisan dans la fabrication d’un objet utile mais au design recherché. Cet atout double de la "beauté de l'utile" (用の美) est la philosophie du Mingei définie par Yanagi: un artisanat anonyme mais qui reflète l’identité japonaise (et asiatique), et le plaisir d’utiliser au quotidien cette beauté ordinaire.

Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile.
La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets mingei doivent au plus haut point éviter : ce qui est naturel, sincère, sûr, simple,
telles sont les caractéristiques du Mingei.
— Soetsu Yanagi, L’Idée du Mingei, 1933

Couverture du magazine lifestyle japonais Brutus (Juillet 2010) sur le mingei.

En fait, le mouvement Mingei, inspiré des Arts & Crafts en Europe, est apparu en réponse à la Révolution Industrielle du début du 19e siècle, et l’angoisse du changement des modes de vie qui l’accompagnait. Avec son ouverture au monde et l’occidentalisation du Japon, Yanagi a lui aussi senti cette angoisse de la perte d’identité et du remplacement de l’artisanat japonais au profit de produits venus d’Occident. Aujourd'hui encore, il est certain que le mingei - au sens d'un mode de vie tournée vers l'artisanat - est plus que présent au Japon, et les marchés du fait-main (手作り市, tedzukuri-ichi) se trouvent partout au Japon !

 

 

Je trouve le mouvement Mingei (et celui des Arts&Crafts) très intéressant lorsqu’on le compare avec notre temps. Le renouveau des loisirs créatifs mais surtout du DIY (Do It Yourself, fais-le toi-même) est sans doute très comparable au Mingei. Par exemple, l’idée de réaliser ses propres sandales est très similaire à la philosophie du Mingei : ressentir de l'agréable dans l'utilisation de nos objets du quotidien.

DIY de sandales par Lucille dessine 

DIY de sandales par Lucille dessine 

Le fait-main revit, on redécouvre le plaisir de travailler les matières, on se trouve des nouveaux talents, on valorise le temps et le travail manuel. Cette créativité qui envahit notre quotidien (pour notre plus grand plaisir) est même parfois copiée par les grands chaînes de mode ! L’envie d’un quotidien fait par soi et pour soi est-il un contre-pied de la fabrication industrielle normée, faite pour les masses ? En tout cas, c’est bien à partir de là que la philosophie du Mingei a germé. Pour moi, Mingei et DIY, c’est le même combat. Alors, à nos ateliers papier!

Papier fait main à partir de matériaux recyclés - Fox Hill Llama(Etsy)

Papier fait main à partir de matériaux recyclés - Fox Hill Llama(Etsy)